Violences entre proches : Apporter du soutien et changer les choses collectivement…

J’ai déjà parlé de l’excellent livre « Education populaire et féminisme« , et ce texte-là, est une autre façon parallèle de parler d’une question sensiblement semblable…

D’où vient cette brochure ?

Nous, LTDP, sommes une sorte de groupe de recherche et de réflexion autogéré, une petite bande de meufs/gouines/trans’ féministes à dominante blanche, de classe moyenne et valide, de plusieurs coins de Rhône-Alpes, née suite à la demande d’une gouine auteure de violence en travail sur elle-même. Nous nous sommes réuni·e·s entre 2011 et 2015 pour réfléchir aux pratiques collectives de prise en charge de situations de violence et d’agression internes à nos cercles, dans ce que nous définissons comme notre communauté : assemblage d’identités politiques, de liens affectifs et de proximités militantes. L’idée était de prendre du recul, de s’extraire de contextes d’urgence pour malaxer nos idées, questionner nos pratiques et nos expériences de médiation, de gestion, de soutien, d’accompagnement… que ça soit dans des situations de violence ou de conflit, d’agression ou de violence à caractère sexuel. Nous ressentions le besoin de complexifier nos analyses et nos pratiques qui jusqu’alors étaient plutôt centrées sur des situations hétérosexuelles, afin de mieux appréhender les violences entre meufs/gouines/trans’ (puisque c’est la communauté dans laquelle nous nous reconnaissons), et notamment travailler avec les personnes auteures.

Nous nous sommes donc réuni·e·s pendant quatre ans, soit une quinzaine de gros week-end au total. Aborder ces sujets en collectif nous a permis d’élaborer des pistes pour nos questionnements, de dépasser nos doutes, d’apprendre de nos erreurs, d’affiner nos outils et, bien souvent, de repartir avec un tas de nouvelles questions…

Cette brochure n’a pas l’ambition de faire une synthèse impossible de tout notre travail. En effet, nous avons questionné les rapports de pouvoir, les systèmes de domination, travaillé la pratique du consentement comme outil de prévention, la notion de justice communautaire… en nous demandant ce que chacun·e d’entre nous peut produire comme rapports de pouvoir au sein d’un groupe ou d’une relation. Nous écrivons aujourd’hui pour partager une partie de nos grands questionnements et de nos petites trouvailles.

Vous avez dit violences ?

Les relations impliquant des violences sont largement répandues autour de nous. Dans cette brochure nous traiterons uniquement des violences entre personnes, qui ne sont pas les violences du système au sens institutionnel du terme (violences de l’État, des lois, des prisons, des flics, des écoles, du corps médical, du contrôle social, etc.). Précisons que nous luttons contre ces différents registres de violence mais sans adopter pour autant un point de vue non-violent, parce que nous trouvons légitimes certaines violences, qu’elles soient politiques, de survie ou les deux à la fois. Nous pensons que la colère, la rupture et l’action directe peuvent être des outils de résolution, d’affirmation et d’émancipation.

Nous proposons de travailler ici sur des violences produites et reçues entre proches, dans nos espaces familiers, dans ces cercles où nous serions tou·te·s censé·e·s nous apprécier, nous soutenir, avoir des idéaux et des intérêts communs. Ces violences, autant que les violences institutionnelles, détruisent nos personnalités et mettent en danger nos vies au quotidien. Mais elles sont autrement plus difficiles à nommer et à combattre. Notre regard féministe nous incite à nous méfier des mises à distance et des diabolisations : ce n’est pas l’affaire des « autres » ou des « pires ». Nous ne saurions pas dire si les violences interpersonnelles existent moins dans nos milieux militants qu’ailleurs. Dans nos cercles féministes, nous pensons qu’elles y sont davantage nommées, dénoncées et travaillées, ce qui nous donne de l’espoir. Mais nous continuons à nous méfier de tou·te·s celleux qui se croient si bien « déconstruit·e·s », qu’il serait aberrant de les imaginer capables de violence.

Au fil de nos échanges, nous avons navigué dans la multiplicité des formes et des configurations relationnelles dans lesquelles ces violences s’expriment : dans les relations de couple, amicales ou familiales, qu’elles soient régulières, diffuses ou ponctuelles, qu’elles soient physiques, verbales, psychologiques, à caractère sexuel ou non, dans l’imbrication des discriminations que nous pouvons subir et/ou reproduire. Nous avons régulièrement buté sur le constat que toutes les violences n’étaient pas à mettre dans le même sac et qu’on ne pouvait pas élaborer de solution clé-en-main ni de manuel de bonne conduite.

Nous avons cependant quelques point d’accord pour aborder ce que nous appelons violences interpersonnelles.

En premier lieu, dans tous les groupes, les rapports de pouvoir existent et ils sont le terreau de violences multiples. La grande majorité de ces violences a pour nous une origine structurelle, intimement liée aux rapports de domination qui font système, tels que le sexisme, l’hétérosexisme, le racisme, le mépris de classe, les normes physiques et psychologiques, etc. Il nous semble important de le rappeler car les violences commises par les plus dominant·e·s sont les plus invisibilisées, banalisées, voire légitimées ; et en miroir, les personnes qui les subissent sont le plus souvent réduites au silence et à la culpabilisation.

Une autre donnée pour nous essentielle, est le fait que la gravité des violences ne se classe pas seulement en fonction de faits et de critères politiques et éthiques. Au-delà des actes et des valeurs, il y a les violences ressenties. Pour réfléchir à cela, nous trouvons intéressante la notion de violence potentielle. Deux personnes pourront se faire insulter dans la rue et ne pas du tout ressentir la même violence : pour l’une, l’insulte sera facilement évacuée, alors que pour l’autre, elle renverra à un traumatisme passé, à un harcèlement récurrent, à la peur du viol, du crime raciste ou homophobe par exemple. De même, un abus sexuel pourra être « digéré » par certain·e·s et constituer un traumatisme puissant pour d’autres. Toutes ces peurs, ces mises en dangers, sont des ressentis réels et consistants. Ils s’ajoutent à la violence des faits, pour fabriquer la violence potentielle. Nous considérons que c’est avec tout ça qu’il faut travailler et soigner nos relations.

 

La suite et l’intégralité du texte est ici:https://infokiosques.net/lire.php?id_article=1300

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